mercredi 2 juin 2010

Wu Tang Clan - Enter the Wu tang (36 Chambers)

Revenir sur quelques disques de hip hop sans jamais avoir touché mot sur celui ci parait être une hérésie. S'il fait partie des disques qui font l'unanimité, aussi bien chez les vendeurs de rêves à chaines, que chez les amateurs d'un soi disant gangsta rap, mais aussi chez les fans de hip hop ou de musique en général, c'est surement que quelque chose de fédérateur se cache derrière. L'histoire du Wu Tang d'abord a quelque chose de fascinant. Les 9 gaziers (rejoints par d'autres potes à l'occasion) ressemblent à une association de malfaiteurs, avec pour but (avoué) de faire de l'argent, du business dans une sorte de plan quinquennal à faire pâlir nos amis les businessmen. La première pièce de ce plan, c'est l'ami RZA qui la fixe avec ce contrat avec Loud qui permet à tous les membres du crew d'avoir une liberté nette pour sortie des albums solos en dehors. Ce point est crucial car si ce disque est la pièce de base, le pilier qui donnera naissance à quantités d'électrons libres, ces électrons libres deviendront pour la plupart des disques plus que marquants du hip hop. On pense au Liquid Swords de GZA, au Return to the 36th chambers de Ol' Dirty Bastard, Only built for cuban Linx de Raekwon, Tical de Method Man, Iron Man de Ghostface KIllah ou encore Inspectah Deck avec Uncontrolled Substance. L'histoire est lancée avec les trois fondateurs : GZA et RZA et Ol'dirty bastard. Le Wu tang est une entité pleine de référence, fan de Kung fu et des films s'en inspirant, montant le hip hop sur un vrai mode de vie façon comic book (leur nom est issu d'un film Shaolin Vs Wu tang), façon de traiter les thématiques qui inspirera jim Jarmusch sur son ghost dog (dont RZa fera lui même la BO), dans une sorte d'ermite ne tuant que de manière éthique, sorte de samourai moderne.
Ce premier Wu tang est un passage à tabac hip hop, mettant en exergue quantités de samples divers, génie créatif dépoussiérant quantités de disques de soul, voire même de rock (les rolling stones), de jazz (thelonious Monk) pour une cohésion finale assez folle et des morceaux fleuves ne s'arrétant jamais à un vulgaire beat accolé sur deux trois flows. C'est aussi une production géniale, avec un rendu sale et enfumé, comme si toute l'herbe qui a du être le quotidien lors du mastering de ce disque était encore incrustée dans le studio et que la fumée s'était incrustée dans le mix final. Le rendu sonne old school et limite crasseux, et prend une ampleur assez folle à haut volume (cette phrase peut paraitre niaise, dans le sens qu'en général les disques ne s'écoutent pas en sourdine, mais assertion qui prend encore une autre dimension pour ce disque ou les flows semblent supplanter la production et la richesse des sons). Enter the Wu tang est un combat à l'épée, un jeu stratégique ou l'importance des échecs est mise en exergue, ou l'agencement des sons et des phrases musicales n'a d'égal que les passages au micro flamboyants. Parlons en de ces passages de micro. EN effet, pour coordonner tous les lurons, se dégage un réel feeling de groupe, ou chacun est à sa place et le seul égo trip est à l'honneur de l'équipe, avec des interludes nous rappelant qui est qui, dans une ambiance plutôt fun. Pas évident en plus de réunir autant de personnalités et de flows différents, comme si chacun avait son école. Certains sublimeront des couplets, notamment inspectah deck trop mésestimé qui possède un des tous meilleurs flows du crew, un ol dirty bastard allumé et cramé, ou un method man d'une rare tristesse (qui a d'ailleurs SON morceau). RZA à la production, autant dire le monsieur "j'ai les clés de la barraque" livre des instrus détonantes et surtout une leçon de savoir faire qui inspirera quantités de producteurs et lancera des vocations (l'école du micro d'argent d'IAM par exemple n'est il pas un hommage à ce disque, à ce clan?).
Enter the Wu tang est clairement un disque qui fait date, intelligent et qui ratisse plus large que ce qu'il n'y parait. C'est aussi et surtout un disque qui restera inégalé par le crew en entier, le seul ou celui ci semble vraiment au complet, et ce n'est ni Forever, ni The WU (quand même pas horrible, mais loin de cette alchimie complète), ni Iron flags, ni 8 diagrams qui l'égaleront et il vaudra mieux chercher cette joie et cette richesse dans les albums solos cités au dessus.

1 commentaire:

DMDFC a dit…

Détail qui tue: Wu tang clan ain' nothin to fuk wit a tout simplement la meilleur ligne de basse de tous les temps; sinon, t'as raison sur toute la ligne poto!